lundi 9 janvier 2017

3 leçons (scientifiques) de bonheur

3 leçons (scientifiques) de bonheur


Quel est le secret d'une vie réussie ? Le psychiatre Robert Waldinger de l'Université d'Harvard a scruté la vie de plus de 700 américains pour obtenir la réponse. Dans une conférence en ligne, il nous donne 3 leçons simples mais essentielles pour être heureux au quotidien.

Comment apprendre à être heureux ?




Pour réussir sa vie, il faut… Devenir célèbre ? Travailler plus pour gagner plus ? Cultiver un potager ? Quels sont les choix de vie qui nous rendent heureux ? Le Pr Robert Waldinger de l’Université Harvard (Massachusetts) en a une idée assez précise.

 Fin 2015, il dévoilait au cours d’une conférence TED visionnée par plusieurs millions d’internautes les conclusions d’une étude exceptionnelle.

Pendant 75 ans, plusieurs générations de chercheurs ont analysé la vie de 724 hommes aux Etats-Unis. « L'étude d'Harvard sur le Développement adulte est peut-être la plus longue étude sur la vie adulte jamais réalisée » avance le Pr Waldinger.

Tout commence en 1938, quand deux groupes d’adolescents et jeunes adultes de Boston sont sélectionnés. L’un est constitué d’étudiants de la célèbre université d’Harvard, tandis que l’autre vient des quartiers très défavorisés de la ville. « Ces adolescents ont grandi […] ils sont devenus ouvriers, avocats, maçons, docteurs, l'un d'eux Président des États-Unis [John F. Kennedy]. Certains sont devenus alcooliques. Quelques-uns schizophrènes. Certains ont grimpé l'échelle sociale du bas jusqu'au sommet, et d'autres ont fait le chemin dans l'autre sens » relate le scientifique.« Quelles sont les leçons qui ressortent des dizaines de milliers de pages d'informations que nous avons recueillies sur ces vies ? Eh bien, les leçons ne portent pas sur la richesse, ou la célébrité, ou le travail. » Non. Selon les conclusions de l’étude, avoir une vie épanouie est à la portée de tous.

Leçon 1 : S’entourer

Vivre heureux, c’est avant tout privilégier les rapports sociaux « les personnes qui sont plus connectées socialement à leur famille, leurs amis, leur communauté, sont plus heureuses, sont physiquement en meilleure santé, et vivent plus longtemps que celles qui sont moins bien connectés. » explique le chercheur. En 2008, l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) affirmait d’ailleurs dans un rapport que la vie de couple influençait positivement le bien-être tout au long de la vie.

A contrario, se sentir seul au quotidien serait « toxique ». Les personnes isolées s’avèrent non seulement plus malheureuses, mais leur santé et leurs capacités cognitives déclinent aussi plus vite. En résumé « La solitude tue ». Et de fait, d’après les neuroscientifiques, l’expérience de l’isolation sociale active les mêmes zones du cerveau… que la douleur physique1.

Donne et tu recevras

Les chercheurs ont montré qu’adopter un comportement tourné vers l’autre augmente le bien-être chez les enfants et les adultes, quel que soit le groupe social. Se souvenir d’un cadeau qu’ils avaient fait rendait par exemple les participants d’une étude plus heureux. Ils étaient plus à même de dépenser de l’argent à nouveau dans un cadeau, après cette expérience2.

Dans une autre étude, les chercheurs ont scruté à l’imagerie le cerveau de personnes qui donnaient de l’argent à une organisation caritative3. Résultat : que l’on donne ou que l’on reçoive de l’argent, c’est la même zone du cerveau qui s’active ! Pour être plus précis, la zone en question s’activait même plus quand les sujets donnaient de l’argent que quand ils en recevaient. De quelle partie du cerveau parle-t-on ? Du striatum ventral, une région sous-corticale associée à la récompense et au plaisir chez les mammifères.

Leçon 2 : Entretenir de bonnes relations


Il ne suffit pas d’être entouré pour être heureux, encore faut-il l’être des bonnes personnes. « Ce n'est pas seulement le nombre d'amis que vous avez, ou que vous soyez ou non engagé dans une relation, mais c'est la qualité de vos relations proches qui compte » résume Robert Waldinger.

Vous pensiez être à l’abri de la solitude avec vos 500 amis Facebook ? Une étude menée en 2013 par Ethan Kross et ses collègues de l’université du Michigan suggérait que plus les sujets se connectaient au réseau social, plus ils étaient tristes4. Une conclusion qui avait valu au géant de Palo Alto d’être qualifié de réseau « anti-social » dans différents médias. On sait depuis 2015 que la réalité est plus subtile. Les mêmes chercheurs ont déterminé que c’était la passivité sur Facebook qui est associée à une baisse de l’humeur. Pas de risque de déprime quand on interagit avec ses amis sur le réseau donc.

Mieux vaut être seul que mal accompagné

Robert Waldinger insiste sur un autre aspect essentiel des relations, l’absence de conflits « les mariages conflictuels par exemple, sans beaucoup d'affection, sont très mauvais pour notre santé, peut-être même plus que le divorce ». Pour vivre heureux et en bonne santé, mieux vaut être seul que mal accompagné.

Pour vérifier si la sagesse populaire dit vrai, une équipe de recherche s’est appuyée sur l’une des caractéristiques du bonheur5. On sait que les personnes heureuses ont une capacité plus importante que les personnes déprimées à conserver une émotion positive. Les chercheurs ont donc placé sur le visage de 116 volontaires des électrodes afin de mesurer la durée de leurs sourires suite à un stimuli positif. Schématiquement, si les électrodes révèlent un sourire qui dure plus longtemps, on peut penser que le sujet présente un niveau de bien-être plus important, et vice-versa. Les résultats ont montré que les personnes exposées à des conflits fréquents au sein du couple présentaient des réponses plus brèves aux émotions positives. Leur niveau de bien-être était, de fait, plus faible.

Leçon 3 : être heureux pour mieux vieillir


Le Pr Waldinger a découvert la troisième « leçon de vie » en regardant de plus près les dossiers médicaux des hommes de l’étude suivis depuis 75 ans. Avec son équipe, ils ont cherché les facteurs qui pouvaient prédire un vieillissement heureux et en bonne santé. « Ce n'était pas leur taux de cholestérol à cet âge qui a prédit comment ils allaient vieillir » résume le chercheur. « Les gens qui étaient les plus satisfaits dans leurs relations à 50 ans étaient ceux en meilleure santé à 80 ans. »

Non seulement les bonnes relations nous rendent plus heureux, mais elles ont un véritable effet protecteur sur la santé. En améliorant la tolérance à la douleur par exemple « nos couples d'hommes et de femmes les plus heureux ont rapporté, vers 80 ans, que les jours où la douleur physique était la plus forte, leur humeur restait tout aussi heureuse. Mais les gens qui étaient malheureux dans leurs relations, les jours où ils signalaient le plus de douleur physique, elle était aggravée par plus de douleur émotionnelle. »

Les relations complices ne protègent pas uniquement nos corps, ajoute le psychiatre « elles protègent aussi nos cerveaux ». Parmi les 724 participants de l’étude, ceux qui étaient dans une relation épanouie avaient une mémoire « aiguisée » plus longtemps. A l’inverse « ceux qui étaient dans une relation avec le sentiment de ne pas pouvoir compter l’un sur l’autre voyaient leur mémoire décliner plus précocement. »

Nous savons depuis la nuit des temps que le bonheur se partage. Alors pourquoi avons-nous tant de difficulté à l’appliquer au quotidien ? « Eh bien, nous sommes humains. Ce qu'on aimerait, c'est une solution facile, quelque chose qu'on peut obtenir qui rendrait nos vies belles. Les relations sont désordonnées et compliquées, et s'accrocher à la famille et aux amis, ce n'est ni sexy ni glamour. »

Pour finir, le psychiatre a choisi de citer l’écrivain Mark Twain qui disait dans une lettre destinée à une amie, en 1886 « On n’a pas le temps – si brève est la vie – pour les chamailleries, les excuses, l’animosité et les règlements de compte. On a que le temps d'aimer et qu'un instant, pour ainsi dire, pour le faire. »

REF

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